Sida
L'espoir viendrait-il d'Afrique

Yvette Mbassi

Alors que les traitements proposés par la médecine moderne montrent leurs limites, que le virus ne cesse de subir des mutations et que le vaccin demeure hypothétique, une thérapeute traditionnelle affirme avoir "négativé" des malades du Sida au Sénégal. De quoi établir un pont entre les deux médecines.

Coup de tonnerre dans le monde du Sida! Pour la première fois dans l’histoire des recherches des thérapies contre la redoutable maladie, des autorités scientifiques, en collaboration avec des bailleurs de fonds, s’ouvrent à la médecine traditionnelle. C’était dans le cadre de la première rencontre internationale sur les médecines traditionnelles et le VIH/Sida, organisée à Dakar du 11 au 12 mars dernier par l’Ong Promotion des médecines traditionnelles (Prometra).

L’événement au cours, de cette rencontre, aura été la publication des résultats des travaux du Pr. Yvette Paresse, chef de l’Hôpital traditionnel de Keur Massar. Ce docteur en médecine, pendant longtemps directeur d’un laboratoire de recherche sur la lèpre et reconvertie en thérapeute traditionnelle, a annoncé que la plupart de ses malades ont été négativés ( le virus du Sida a disparu de leur organisme ), par des traitements à base de connaissances médicales traditionnelles. Le Pr. Paresse a expliqué les procédés utilisés par ses collaborateurs et elle, pour aboutir à ces résultats.

Après plusieurs mois d’études sur les vertus de certaines plantes, l’équipe du Pr. Paresse -composée de cinq thérapeutes traditionnels- est arrivée à effectuer les premières associations de plantes « appropriées » : plantes antivirales, anti-diarrhéiques et des plantes contre la fièvre. En somme, des plantes luttant contre les principaux symptômes du Sida et les maladies dites opportunistes qui s’installent dans le corps du patient. « Nous avons également procédé à des mélanges de poudres capables d’atténuer les angoisses et l’état de dépression dans lequel les malades nous arrivaient », déclare le Pr. Paresse dans une interview accordée à Sud Quotidien.

Ayant accueilli des centaines de malades du Sida depuis 1987, ces thérapeutes traditionnels affirment que les malades qui ont régulièrement suivi ces traitements jusqu’à présent sont tous vivants, en forme et la plupart ont été contrôlés négatif. Même si ses résultats sont encourageants, et qu’ils ont été accueillis positivement par les sommités scientifiques présentes à Dakar, le Pr. Paresse reste humble et objective.

"Il faut être prudent quant à une éventuelle victoire des recherches dans la croisade contre la pandémie qu’est le Sida », souligne-t-elle à l’attention de la presse. Dans le même temps, en Afrique du Sud, le Conseil de l’ordre des médecins (Mcc), restait réservé quant à l’inactivin , un produit qui donne pourtant satisfaction aux chercheurs. Ceux de l’Université de Médecine Medunsa qui ont mis au point ce médicament, affirment qu’il a la capacité de faire chuter le taux du VIH parmi les malades, et même de rétablir des cellules blanches attaquées par le virus, dans le sang.

Même accueillie avec réserve par certains scientifiques qui pensent que le virus du Sida ne disparaît pas, mais reste tapi dans des lieux réservoirs ( souvent le système nerveux central ) ; les résultats de la thérapeutique traditionnelle du Pr. Paresse accroît l’espoir de l’humanité tout entière face à un fléau contre lequel la médecine moderne montre quotidiennement ses limites. Depuis son identification en mai 1983 par le Pr. Montagnier et ses collaborateurs, le virus de l’immunodéficience humaine (HIV) a subi plusieurs modifications biochimiques de son patrimoine héréditaire, devenant ainsi un grand mutant devant l’Eternel et développant une redoutable capacité de résistance. La découverte d’un second virus par les chercheurs de l’Institut Pasteur de Paris, quelques mois plus tard, oblige les scientifiques à les numéroter : HIV1 et HIV2.

En 1992, le Dr Ho du Centre Aaron Diamond de recherche sur le Sida aux Etats-Unis, annonce la découverte d'un troisième virus du Sida : le HICRV (Human intracyternal retrovial). Les personnes portant ce virus souffrent d’un déficit immunitaire sévère, caractérisé par un taux très bas des cellules chargées de défendre l’organisme contre toute atteinte microbienne ou virale. Ces personnes ont toujours été séronégatives et le demeurent, malgré l’apparition des premiers symptômes de leur immunodéficience. Pourtant, la communauté scientifique internationale n’admet pas l’existence de ce troisième virus.

Cependant, face aux multiples variantes du virus, les chercheurs ont mis sur pied un arsénal de schémas thérapeutiques faits de mono, bi, tri et quadrithérapies qui varient constamment . Il s’agit de traitements associés onéreux ( 5.500 000 fcfa par an par patient) pas accessibles à tous. D’autre part, ces traitements de longue durée entraînent des effets secondaires que tout le monde ne supporte pas.

Ces derniers points rendent très intéressants les travaux du Pr. Paresse. Car, il est certain qu’on ne saurait négliger les enjeux socio-économiques engendrés par un traitement du Sida. La découverte de clones, de gènes et anticorps monoclonaux dont l’utilisation est sans effets secondaires (car provenant de la médecine naturelle) permettrait aux populations les plus démunies d’accéder alors à un traitement moins coûteux que la trithérapie, dans des structures proches des communautés.

Les problèmes d’accès aux structures sanitaires, du coût du traitement et de l’exclusion des malades pauvres trouveraient ainsi des solutions. Certes, plusieurs inconnues demeurent dans cette thérapie traditionnelle, à savoir la molécule responsable de la disparition du virus dans le sang, les réactions différentes des patients aux produits, la durée du traitement, la possibilité d’une rechute, le développement d’un mutant ou d’une résistance. Mais à Dakar, scientifiques et tradi-thérapeutes trouvent cette piste très encourageante pour pouvoir se payer le luxe d’attendre la réponse à toute les inconnues.

Déjà, une structure internationale au sein de laquelle travailleront ensemble scientifiques et médecins traditionnels, est en train d’être mise sur pied. Les acteurs des deux modes de médecines ont décidé, à Dakar, de taire les suspicions et de s’ouvrir les uns aux autres pour que triomphe la médecine tout court sur le Sida. Une lueur d’espoir pour l’humanité.


La provision financière pour ce projet a été fournie par le Ministère des affaires étrangères du Pays-Bas et Bilance.

Home page

Communications for Development
Van Diemenstr 15
1013 NH Amsterdam
The Netherlands
Tel: +31 20 420 7743
Fax: +31 20 420 7801
e-mail: info@cfd.nl
www: http://www.cfd.nl

Il est possible de republier les articles après en avoir obtenu la permission. Les opinions sont les opinions des auteurs des articles et ne répresentent pas automatiquement les opinions de la Ministère des affaires étrangères du Pays-Bas et Bilance.